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LIENS

Samedi 30 janvier 1999 - CHINE - Frontière Vietnamienne - 10 km après Mong Cai - 76 km

Benjamin

Arrivés hier en extra terrestres, nous partons aujourd'hui en amis, accompagnés jusqu'à la sortie du village par quelques enfants. Journée facile en perspective, 60 km seulement pour rejoindre la frontière sino-vietnamienne, Douxin. Nous contournons les collines pendant quelques kilomètres puis rattrapons une route plus large, plus lisse et droite. 20 km avant Douxin, un premier poste de police ne nous pose aucun problème. Nous déjeunons longuement à Douxin avant de partir à la recherche d'un petit hôtel. Nous avons deux jours à tuer ici car nous ne pouvons entrer au Vietnam avant le 1er février en principe. En regardant de plus près ce fameux visa, nous nous apercevons que seule la date d'expiration y est indiquée, le 1er mars. Comme nous avons 30 jours, nous pouvons peut-être essayer aujourd'hui. Vers 16 heures, nous franchissons la douane chinoise. Le douanier nous fait clairement comprendre que si le Vietnam nous refuse, nous sommes condamnés à attendre deux jours entre les deux postes, c'est à dire sur un petit pont. Contrairement à la mise en garde de notre guide du routard et d'autres touristes, nous entrons hyper facilement au Vietnam et ne sommes sujet à aucune fouille ; le passeport et le visa suffisent.

C'est gagné, nous avons un jour de plus que prévu pour rejoindre Hué. Une centaine de dollars sont échangés contre 1,6 millions de dongs à la Vietcombank ; nous remontons sur nos bicyclettes sous une fine pluie. Hormis des chapeaux pointus que nous connaissons depuis la Chine, les hommes portent des casques de l'armée en guise de couvre-chef.

Dix kilomètres sur un bord de route boueux suffisent, nous nous arrêtons sous un petit cabanon-épicerie. Au premier abord, les vietnamiens ont l'air plutôt gentils, nous expliquons notre souhait de dormir ici. Rapidement, un vietnamien convertit la maison d'en face en hôtel. Ce sera 20 000 dongs (environ 9 francs) pour la nuit. Bon, pour un premier soir… on accepte. Nous nous installons, prenons un thé, regardons la télé et écoutons de la musique américaine sur une chaîne hi-fi moderne. Sur ce, le fils du propriétaire arrive, Hung, âgé de 18 ans. Il n'est plus question d'argent dans sa tête, désormais, nous sommes ses invités. Puis, tout défile naturellement, les thés, le repas (riz, soupe de pommes de terre, lamelles de porc grillées et papayes au dessert), nous échangeons quelques mots en anglais ainsi que nos adresses. Confort suprême, Hung installe une moustiquaire au dessus de notre matelas. Pour une première journée, c'est plutôt pas mal.


Dimanche 31 janvier 1999 - MONG-CAI - 10 km avant CAM PHA - 131 km

Benjamin

Au Vietnam, nous devons rouler, donc il faut se lever tôt. Après un petit déjeuner copieux, nous quittons la maison de Hung à 7 H 30. La " poussière d'eau " si caractéristique du Nord Vietnam pendant l'hiver rend glissante et boueuse la petite route. Cette petite pluie est pratiquement imperceptible mais elle suffit à nous tremper entièrement après une heure de vélo.

Nous découvrons peu à peu les charmes du Vietnam, des collines vertes et relativement élevées de part et d'autre de la route, des petits villages où les enfants nous accueillent par des " Hello " ou " Taï, Taï " (ce qui veut probablement dire " blanc ou touristes "). Les dénivellés sont peu importants mais nous ne cessons de monter et descendre, ceci dans un brouillard épais qui ajoute un certain charme mais rend difficile les photos.

Arrivés complètement trempés à Tien Yen malgré chapeaux et coupe-vents, nous avalons notre traditionnel bol de riz accompagné d'une boisson tiède et laiteuse à base de canne à sucre probablement. Goût indescriptible mais c'est exactement ce qu'il nous fallait. Une fois de plus, nous ne résistons pas à la tentation d'acheter ce qu'il y a de plus typique dans le pays : ici, ce sont les chapeaux pointus. A 4 000 dongs, soit 1 franc 70, le chapeau, nous n'hésitons pas une seconde et Nico le porte aussitôt pour reprendre la route…. sous la pluie bien entendu. Au loin, apparaissent parfois des monticules abruptes, ils nous annoncent la baie d'Halong, à moins de 70 km. La population est de plus en plus réceptive et encourageante, tout le monde sourit ou nous lance un coucou. Certains se risquent même à un " where are you from ? " ou " what is your name ? ", c'est un plus par rapport à la Chine. Nous sommes pratiquement seuls sur la route, jus qu'en fin d'après-midi. Nous traversons deux ou trois villages plutôt glauques, noircis par une terre anthracite provenant des carrières environnantes. Nous terminons notre journée dans l'un d'eux, devant la petite église. Le prêtre accepte de nous laisser dormir sur une terrasse, dehors. Nous ne refusons pas, certains que la situation va s'améliorer. En 5 minutes, un attroupement se forme autour de nous, Bon, sort du lot avec ses quelques mots d'anglais. Il propose de nous laver chez lui, c'est sûr, nous allons carrément être invités chez lui. Autour d'un thé vietnamien (vert et amère), nous faisons plus ample connaissance. Peu après, il part demander à sa mère si nous pouvons dîner et coucher ici, it's OK. Nous prenons notre repas en famille, assis par terre, cela nous rappelle le Moyen-Orient. Petite différence, ici, les baguettes remplacent les mains, plus propre mais moins pratique. Les jeunes frères de Bon sortent faire la fête en ville, nous restons avec les parents, oncle et tante, amis devant un match de foot à déguster des bonbons. Nos affaires sont lavées et séchées au dessus d'un braséro, nos chapeaux sont réajustés, un matelas est posé et une moustiquaire installée, 3 minutes suffisent pour plonger dans les " bras de Morphée ".


Lundi 1er février 1999 CAM PHAM - HAIPHONG ( + 20 km) = 127 km

Benjamin

" Aujourd'hui, il va faire beau nous affirme Bou. Nous sommes plus sceptiques en passant la tête dehors, c'est couvert mais il ne pleut pas. A peine sortis de la ville, nous apercevons les prémices de la baie d'Along, sur notre gauche ; d'importantes masses sombres sont posées sur l'eau. Cette fois nous y sommes vraiment. Nous pédalons sur la baie d'Along, les collines sont aussi impressionnantes sur terre que sur mer. Nous profitons au maximum de ces moments, photographions sans cesse. Dans la ville d'Along, nous posons pour des photos plus officielles, sur le bord de la mer, devant les regards ébahis d'ouvriers vietnamiens. Deux ou trois rayons de soleil apportent un peu plus de couleur à ce fabuleux spectacle mais nous espérons le grand beau temps quand nous reviendrons dans une dizaine de jours. Nous avalons quelques gâteaux avant de prendre notre premier ferry de la journée. De l'autre coté, nous roulons au milieu de rizières, montons et descendons entre les collines, parfois contre le vent. La baie d'Along laisse place à un littoral plutôt plat, nous prenons un petit ferry pour entrer dans Haiphong après km. La ville est aérée, les larges avenues sont envahies par les vélos, des milliers de vélos. Nous pédalons tranquillement dans cette fourmilière, suivons le flux jusqu'à la place centrale. Une immense photo d'Ho Chi Minh trône sur un bâtiment et le drapeau vietnamien flotte un peu partout. Nous continuons vers le sud, sur une petite route en direction de Thai Binh. Le soleil complètement dévoilé, offre chaleur et lumière agréable en cette fin d'après-midi. C'est un plaisir de rouler entre les rizières, tout le monde s'active ou nous fait un geste de sympathie.

17 H 30, 127 km, un village plutôt glauque adossé à une colline. Pourquoi s'arrêter ici ? Parce que des jeunes jouent au foot sur le bord de la route, excellente façon de faire connaissance et de " s'incruster " ensuite chez l'un d'eux. C'est aussi une occasion supplémentaire de faire un peu de sport, nous que n'avons fait que 127 km de vélo aujourd'hui. La nuit noire nous oblige enfin le repos, nous sommes sales et transpirants mais nous espérons l'hospitalité. Accompagnés par une dizaine d'enfants, nous atterrissons dans une petite maison. Un vieux baratine quelques mots de français entre deux verres d'alcool de riz mais cela n'est pas le plus surprenant. Le chef de famille nous montre une lettre du ministère de la défense française et nous explique son problème. Cet homme, né dans les années 50, est le fils d'un sergent français envoyé au Vietnam et d'une vietnamienne. Or il veut savoir qui est son père. Il a donc écrit en France et donné quelques informations, mais le ministère n'a pas pu (ou pas voulu) donner suite. Le petit garçon avec lequel nous jouions au foot a donc un grand-père français. Son père est né d'une amourette entre un soldat français et une vietnamienne ou d'autre chose… c'est la guerre ! En tout cas, nous sommes reçus une fois de plus, nous parvenons à passer le film sur leur petite télé, nous nous endormons sur un lit avec notre jeune ami, devant un match de foot.


Mardi 2 février 1999 - HAIPHONG- NINH BINH - TAM COC - 112 km

Nicolas

Il a plu pendant la nuit, la route en terre est donc devenue boueuse et ne facilite pas nos premiers kilomètres. Malgré un temps couvert et une heure bien matinale (7H15 à notre départ), les rizières alentours sont déjà remplies de monde, beaucoup de chapeaux chinois, c'est à dire beaucoup de femmes. Certaines unissent leurs efforts pour faire passer l'eau d'une rizière à l'autre, par un système de saut et de cordes tandis que les autres, les pieds immergés, se baissent pour planter les jeunes pousses. Le route est étroite mais parfaitement plate, nous avançons doucement dans l'océan vert de ces rizières à perte de vue, principal paysage dans le delta du fleuve Rouge. Des petits villages et les clochers d'églises de style colonial, aux teintes vives et à la finition très chiadée limite kitch parfois, rappelant un peu le style rococo des églises de Bavière, viennent ajouter une pointe de relief au tableau. Ces villages plantés de nombreux palmiers sont comme des îlots sur une mer verte, presque fluorescente. C'est beau et frustrant à la fois, car il nous est impossible d'emporter toutes ces images ; rien n'est plus photogénique qu'un chapeau chinois dans une rizière, ils sont des milliers et nous n'avons plus de pellicules en réserve.

L'eau omniprésente nous barre parfois la route si bien que nous devons mettre à trois reprises nos vélos sur des bacs de fortune et assez lents. Notre moyenne est freinée mais le soleil revient, les couleurs environnantes n'en sont que plus belles. Ce beau temps vient du sud, poussé par un vent qui par la même occasion, ralentit notre entrée dans Ninh Binh.

Au bord du cours d'eau qui traverse le centre ville, nous prenons le temps de siroter un coca, devant un match de foot de la ligue anglaise, retransmis par la télé vietnamienne.

Puis nous partons finir notre journée de vélo sur la route nationale 1, principale route du Vietnam, qui relie Hanoï à Ho Chi Minh Ville et que nous ne quitterons plus jusqu'au Cambodge, sauf pour quelques détours touristiques. Justement à peine 4 km après Ninh Binh, l'un des plus beaux sites du pays nous appelle sur notre droite. Ben qui vient de lire le guide propose de terminer cette journée et de dormir à Tam Coc, un petit village au cœur de l'ensemble impressionnant de pains de sucre que constitue la baie d'Along terrestre. Quelques kilomètres depuis la nationale 1 nous mènent au bout d'une impasse ; une étendue d'eau qui serpente entre ces immenses blocs de roche nous interdit d'aller plus loin. Comme dans tous les sites touristiques du monde, nous commençons à parler argent, en français, avec les rabatteurs des petits restaurants et hôtels qui entourent la place centrale du village.

Tant qu'à faire, autant tenter de ne rien payer, et appliquons cette technique qui nous réussit si bien en ce moment, un match de foot avec les enfants locaux. Pas la peine de chercher bien loin, deux jeunes se font un plaisir de nous aider à organiser une petite partie, et nous font volontiers courir et transpirer, après tout de même 112 km à vélo. L'histoire se répète mais dans un cadre plus que jamais insolite, le résultat escompté n'arrive toutefois pas et nous devons payer (30 000 dongs, soit 13 francs) pour profiter enfin du calme d'une chambre chez l'habitant.

Soupe aux nouilles pour changer, riz pour être rassasiés, nous nous glissons de bonne heure sous nos moustiquaires pour un repos, encore une fois, bien mérité.


Mercredi 3 février 1999 - TAM COC - TINH GIA - 105 km

Nicolas

C'est trop tentant, comme nous avons le temps, il serait dommage de repartir sans être véritablement entré au cœur du site de Tam Coc par le seul moyen de locomotion qui le permette, en barque, minuscule coquille de noix en roseaux tissés. La ballade coûte 47 000 dongs (20 francs) par personne et dure 2 heures et demi. Nous embarquons à 7 H 30 après avoir acheté une pellicule diapo salvatrice et entrons doucement dans le flux des coquilles de noix qui emmènent hommes et femmes au travail. Tout ce qui n'est pas vertical est recouvert d'une trentaine de centimètres d'eau. Le large couloir qui sépare les masses rocheuses est donc un lieu naturellement idéal pour la culture du riz. Le minuscule canal de 5 mètres de large permet aux barques de se faufiler et aux chapeaux pointus de regagner leur parcelle de rizière après parfois plus d'une heure d'effort.
Quelques belles éclaircies font entrer un peu de lumière dans les objectifs de nos appareils photos, nous sommes les seuls touristes à cette heure. La ballade consiste à se rendre au bout du canal, 3 kilomètres plus loin, et à revenir. Tam Coc signifie 3 grottes en vietnamien, 3 grottes de 50 à 100 mètres de long sous lesquelles nous nous glissons en prenant garde de ne pas nous cogner la tête, 3 tunnels au bout desquels nous découvrons de nouveaux tableaux plus époustouflants les uns que les autres.

8 H 45, arrivés derrière l'ultime grotte, nous faisons demi tour tandis que les autres barques continuent leur chemin.

Nous débarquons à 10 heures pour vite récupérer nos vélos et rattraper la route Nationale 1. Le vent nous pousse légèrement et notre course au milieu des rizières prend des airs de ballades dominicales, une main sur le guidon et l'autre que l'on agite pour répondre aux milles saluts des enfants du bord de la route. Une douce montée vient vite rompre la plaisante monotonie des rizières, nous longeons désormais la voie ferrée, la seule du pays vraisemblablement. Sous un soleil de plomb et les regards intrigués d'une trentaine d'écoliers, nous dégustons soupe de nouilles et gâteaux secs dans un petit restaurant. Plus loin, tandis que je m'arrête au bord de la route pour me faire confirmer notre chemin, quelqu'un me tape sur l'épaule. Germain est canadien de Montréal et voyage à vélo depuis Hong Kong, comme nous, mais à raison de 60 à 100 km par jour seulement pour lui. Sa copine le suit, mais à un jour d'écart depuis une semaine, un moyen original de ne pas être toujours ensemble et un bon test pour voir si elle peut se débrouiller seule : " ça chinge " nous dit-il dans son accent québecois.

Nous roulons quelques kilomètres ensemble jusqu'à Tanh Hoc où nous échangeons autour d'une bière nos points de vue sur la Chine, le Vietnam et le voyage à vélo. Il nous dit qu'Hanoï est très " dispendieux ", que sa copine " paranoye " plus que lui et n'en revient pas du fait que nous puissions être invités tous les soirs. 15 H 30, sa journée de vélo s'arrête ici, après 55 km seulement, nous espérons nous, en faire encore autant pour rattraper notre retard pris dans la matinée.

Nous roulons jusqu'au crépuscule et décidons de tenter notre chance dans un petit restaurant. Un enfant un peu dérangé s'amuse à nous tirer les poils des jambes et à nous cracher dessus pendant que nous avalons un bol de riz. Une vieille se prend pour une poule lorsqu'elle se met à rire, un manchot (séquelles des bombardements américains apparemment) nous indique de ses moignons un lit pour passer la nuit. Rien n'est très clair, nous devons payer 37 000 dongs pour un piètre dîner et ne savons si le lit nous est vraiment offert. Le petit handicapé nous tape une dernière fois avant que nous partions profiter de notre lit en bois, comme toujours sans matelas, mais avec moustiquaire.

LIENS

Jeudi 4 février 1999 - TINH GIA - VINH - CAM XUYEN - 152 km

Benjamin

Après la journée tranquille (en km !) de la veille, nous entamons cette journée plus sportive de bonne heure, après quelques négociations sur le tarif de notre nuit. Les souvenirs de la matinée sont assez vagues, la route sûrement magnifique mais identique à celle de la veille. Certains clichés restent toutefois, l'activité dans les rizières : hommes et femmes les pieds dans l'eau, courbés sous leurs chapeaux coniques, les enfants devant leur maison, sur le bord de la route ou tranquillement assis sur leur buffle, au milieu de " l'océan vert ". Certains se chargent de l'irrigation par un ingénieux système de transvasement, d'autres repiquent le riz, tout est bien organisé. Voilà pour le spectacle sur la gauche et la droite. Quant à la route, elle est peu encombrée par les camions et bus, heureusement car c'est un coup de klaxon à chaque fois. C'est plutôt un convoi de cyclistes ou de mobylettes, nous pédalons jamais seuls au Vietnam. A chaque sortie d'école, c'est dix ou quinze élèves qui nous escortent pendant quelques kilomètres. Un par un, ils quittent la route pour rentrer chez eux, pendant que nous continuons, inlassablement.

Aujourd'hui nous avalons 50 km avant la première pause, dopés par ce spectacle, la route agréable et le vent favorable. Autre scène typique, mais pas plus vietnamienne que chinoise ou indienne, nous croquons dans nous croquons dans nos gâteaux, entourés par une trentaine de jeunes. L'un s'assoit à côté de nous et s'hasarde à quelques questions, sous les regards amusés de tous ses camarades. 50 km avant la première pause, 95 km pour le déjeuner, à Vinh, ville assez importante mais sans aucun intérêt. Nous déjeunons dans un petit resto de rue, assis sur des petits tabourets en plastique, je parvient à téléphoner une minute en France ; quelques difficultés mais seulement 4$ la minute, c'est moins que ce que l'on pensait. La route Nationale 1 repart vers l'est, un immense pont métallique marque la sortie de Vinh, quelques collines pointent le bout de leur nez entre les rizières. Nous roulons à notre rythme, engrangeons les km les uns après les autres jusqu'au coucher du soleil. Un petit village sympa sur la droite à seulement 200 mètres de la route mais qui n'a probablement jamais vu d'occidentaux. Nous choisissons une maison, un vieux vietnamien nous accueille aussitôt avec une poignée de main chaleureuse, le tour est joué. Un jeune flic en civil, sûrement le policier du village vient nous taquiner dans la soirée et s'amuse avec nos passeports. Nous ne connaissons pas ses intentions mais il ne nous pose pas de problèmes, juste un petit regard cynique de temps en temps. Nous nous couchons devant la moitié du village mais sur le plus grand lit de la maison et sous moustiquaire , est-ce besoin de la signaler ?


Vendredi 5 février 1999 - CAM XUYEN - Village paumé (20 km avant Dong Hai) - 129 km

Benjamin

Petit déjeuner copieux mais pas vraiment occidental ! Nous nous contentons de deux ou trois bols de riz et laissons de côté les queues et têtes de poissons grillées (les mêmes que la veille) et les légumes bouillis. Rassasiés mais pas comblés, il nous manque notre " dose " de sucres rapides du début de journée. Nous pédalons 25 km avant de nous recharger en carburant essentiel : gâteaux et œufs en sucre. Si il existait une course cycliste sur la N 1 du Vietnam, l'étape d'aujourd'hui serait une étape de montagne. En effet, nous allons franchir notre premier col sur cette route définitivement plate, 250 mètres de dénivelée à tout casser. Nous longeons d'abord le littoral, des plages immenses de sable blanc, une dune garnie d'arbres puis la route. Un appendice de la cordillère annamitique vient subitement se jeter dans la mer, les collines qui se perdent dans les nuages sont malgré tout impressionnantes, le point culminant avoisine les 1000 mètres. La route traverse une immense étendue de rizières, un village et monte d'une seul coup. La montée est rythmée par les photos, nous ne ratons pas le puzzle vert que nous dominons et la mer grise bleue en arrière plan. Nous atteignons le sommet tranquillement, sans forcer, une broutille. Nous redescendons vers la mer et déjeunons quelques kilomètres plus loin, dans un resto désert après 80 km. Même problème que ce matin, nous stoppons à nouveau 10 km plus loin pour avaler une chose sucrée. Nous en profitons pour regarder la cassette, riche en images, du Vietnam, les vieux bateaux de pécheurs garnissent les ports de petites villes, nous découvrons le Vietnam du bord de mer.

16 heures, une allée part sur la gauche se perdre sur une plage déserte, nous faisons une centaine de mètres, juste pour aller voir. Une plage de sable fin longue de deux ou trois kilomètres qui, c'est certain, n'est jamais envahie par les touristes. Cela viendra peut-être.

Même programme qu'hier soir en fin de journée, une allée, un petit village au bout nous plaît, nous tentons le coup. L'apparition de deux intrus fait rapidement le tour du village, ça crie et court dans tous les coins. Un détraqué commence à s'énerver et à nous coller sérieusement, personne ne comprend ce que l'on veut ; on ne sait pas trop quoi faire mais on peut toujours partir ou s'exiler sur la plage si cela tourne mal. Nous suivons une personne, puis une autre puis croisons enfin le notable du village qui nous invite chez lui. Une quinzaine de personnes s'assoient avec nous, les enfants et non VIP regardent depuis le jardin. Nous somme plus rassurés, parvenons à échanger quelques mots et commençons à dîner. Un homme arrive et organise une mini réunion avec les hommes du village, nous sommes tenus à l'écart, seuls devant notre bol de riz ? ? ? Puis c'est au tour des flics, 3 ou 4. Un jeune nous pose des questions et nous conseille d'aller à l'hôtel, un autre exige nos passeports car nous souhaitons rester ici. Heureusement un étudiant de Saïgon nous sert d'interprète. Bilan, nus devons laisser nos passeports mais sommes sous la surveillance d'un policier pendant toute la nuit. C'est sa mission, il dormira à côté de nous et nous rendra nos passeports demain à 10 heures. Apparemment cela ne le dérange pas car il connaît la maison par cœur. Une soirée plutôt épuisante et incertaine mais c'est une expérience insolite supplémentaire.


Samedi 6 février 1999 - 20 km au nord de DONG HAI - DONG HA - 117 km

Nicolas

A peine réveillés, le policier nous attend déjà pour déguster notre bol de riz matinal, agrémenté d'un verre du même alcool que la veille, que notre ami nous oblige à boire cul sec. Un verre ne lui suffisant pas, celui-ci nous ressert et nous montre le contenu du grand récipient que nous avons vidé ensemble entre hier et aujourd'hui. La scène nous rappelle celle du village de montagnards dans " Les bronzés ", sauf qu'à la place du gros crapaud dans la bouteille, nous avons un gros serpent et une dizaine d'étoiles de mer. L'ultime gorgée se fait tout de suite un petit peu plus difficile à avaler.

Nous quittons ce village aux ruelles en terre battue sous l'escorte fidèle de notre policier pour filer vers Dong Hoi à 20 km de là. A droite, les désormais banales rizières parsemées de petits monticules de terre de plus en plus serrées, à gauche la belle dune de sable qui nous sépare de la mer.

Dong Hoi se présente à l'est de la nationale 1, de part et d'autre de l'embouchure d'une large rivière comme nous en traversons souvent sur cette route. De nombreux bateaux effilés et multicolores et d'immenses carrelets s'y côtoient, Dong Hoi est un port de pêche et constitue la capitale de la province de Quang Binh. Plus tard, la dune s'éloigne et c'est l'eau, amenée vraisemblement par un bras de mer, qui envahit le voisinage de notre route. Un petit restaurant sur pilotis nous paraît un lieu approprié pour déjeuner, soupe aux nouilles, thé et petit massage en prime pour Ben. La traversée du village de Ben Hoi marque ensuite notre entrée dans l'ancienne zone démilitarisée.

" Un cours d'eau, le Ben Hoi, servit de 1954 à 1975 de ligne de démarcation entre la république du Vietnam (sud Vietnam) et la république démocratique du Vietnam (nord Vietnam). Le no man's land ou zone démilitarisée (DM2) s'étendait sur 5 kilomètres de part et d'autre de cette ligne ".

Toute cette région fut évidemment au cœur du conflit pendant la " guerre du Vietnam ", les plus célèbres batailles y ont pris place ; des bases américaines détruites, quelques paysages lunaires fait de trous d'obus qu'une végétation timide a du mal à dissimuler, des bunkers, et des monticules de terre, un, dix, des milliers, à perte de vue. Ces tas discrets sont des tombes, celles de centaines de milliers de soldats nord vietnamiens anonymes et de villageois tombés sous les bombes américaines, le spectacle fait froid dans le dos.

Nous hésitons mais renonçons finalement à un détour de 28 km pour aller visiter le village souterrain de Vinh Moc creusé par des villageois pour se protéger des bombes puis traversons le pont métallique au dessus de Ben Hoi, lieu symbolique et chargé d'histoire mais somme toute assez banal, seul un monument à la gloire d'Ho Chi Minh et des soldats morts pour l'indépendance marque l'emplacement, le vieux pont sera bientôt remplace par un autre plus moderne. Quelques minutes plus tard, un cyclotouriste slovène dont nous savions qu'il était sur notre route profite de notre temps perdu à prendre des photos pour nous rattraper. Peter roule depuis Hanoï, sur un vélo taïwanais simple mais semble t-il robuste, qu'il a payé 100 $ et compte revendre à Ho Chi Minh Ville. Parler ensemble de son pays nous rappelle de bons souvenirs ; nous envisageons de partager une chambre d'hôtel à Dong Ha, un peu fatigués que nous sommes par nos précédentes soirées mouvementées.

Toujours dans la zone démilitarisée, nous savons que nous devons passer tout proche de la base américaine de Doc Mieu, ou du moins ce qu'il en reste. " C'est là ", nous disent les passants, " derrière les maisons ", un terrain vague ondulé, troué comme un gruyère par les cratères de taille et de profondeur variable, des obus vietnamiens puis des bombes américaines. Les enfants du village, dont ce champ de bataille est devenu leur terrain de jeu nous invitent à les suivre, et s'amusent de nos craintes à poser un pied sur cette herbe rase, parsemée de maigres arbustes et petits buissons. Nous avançons à tâtons, dans leurs pas, jusqu'aux restes d'un petit bunker. Le tour d'horizon n'est pas bien gai, calme et désolation règnent à perte de vue, comme à Verdun mais en plus frais, la végétation ne prends toujours pas et ne cache donc rien. Un enfant est tout content de montrer les restes d'un obus de mortier, puis d'une grosse cartouche sous son pied. Bon , se dit-on, on ne va peut-être pas s'attarder. Nous revenons sur nos pas sur la pointe des pieds, dans le sillage des enfants qui s'amusent à nous faire peur en sautant dans tous les sens.

Arrivés à Dong Ha, ancien quartier général US pour la zone, Peter a l'intention de suivre les instructions du Lonely Planet pour trouver un petit hôtel, nous l'en dissuadons rapidement car l'expérience nous a montré en Inde comme ailleurs que les établissements cités profitent toujours de leur réputation pour gonfler les prix. Nous suivons finalement un rabatteur, technique pas forcément meilleure, et attérissons dans une grande chambre double, pour trois, pour radiner un peu. Nous invitons Peter à dîner dans la rue, soupes aux nouilles pour quelques dongs, plusieurs milliers tout de même, puis profitons d'une poste ouverte sur le chemin du retour pour téléphoner brièvement.


Dimanche 7 février 1999 - DONG HA - HUE - 76 km

Nicolas

Journée facile en perspective, 76 kilomètres, des broutilles, pour terminer cette étape de 20 jours et 2 000 km entre Hong Kong et Hué. On voulait partir tôt pour arriver en début d'après-midi à Hué et avoir ainsi tout le temps de dénicher un lieu pour y laisser une semaine nos vélos, et trouver un train ou un bus pour remonter à Hanoï où maman Voron et Delphine doivent nous y rejoindre.

Seul petit souci, il pleut des cordes. Dès 9 heures du matin, les rues sont déjà devenues des rivières, nos pneus ne sont pas assez larges pour nous permettre de flotter, nous préférons attendre l'accalmie. Tandis que nous tournons en rond dans la chambre, les vietnamiens habitués à vivre les pieds dans l'eau vivent comme d'habitude, un poncho par dessus leurs chapeaux chinois et leurs casques verts, ils sont plus courageux que nous.

Benjamin

Nous passons près de 4 heures à regarder la pluie tomber. Tantôt dans la chambre, à la réception ou encore sur le bord de la route, assis sur des petits bancs en bois, sous une bâche de couleur qui nous tient à l'abri. La pyramide de petits pains de la petite vieille est engloutie rapidement, nous continuons par quelques soupes de nouilles et un peu tout ce qui nous tombe sous la main. Regarder la pluie tomber, cela creuse !

Midi, une maigre éclaircie nous permet enfin de reprendre la route, de zigzaguer entre les énormes flaques. Notre ami slovène, un peu réticent à l'idée de pédaler sous les gouttes prend la tête de la " course " et nous impose un rythme relativement soutenu ; c'est pas plus mal, car nous avons envie d'arriver tôt. Les nuages noirs et menaçants nous épargnent pendant une vingtaine de kilomètres puis un énorme orage éclate. Nous roulons entre deux villages, sur une route déserte entre les arbres, impossible de se mettre à l'abri. De tout façon nous sommes déjà trempés ! 5 kilomètres difficiles puis nouvelle éclaircie, nous n'aurons plus de pluie jusqu'à Hué. A peine secs, nous entrons dans la ville de la rivière des Parfums vers 16 H 30, après cette étape finale de 76 km. Hué marque l'aboutissement de 20 jours de vélo non-stop, depuis Hong-Kong (environ 2 000 km), un seul jour d'arrêt à Canton. Nous descendons la rivière, passons devant la cité pourpre interdite et l'immense drapeau vietnamien puis empruntons le pont métallique pour rejoindre le quartier des hôtels. Un rabatteur s'occupe de nous rapidement. Ce sera le Dong Loi Hôtel, un peu en retrait mais très clean, parlant français et possédant internet. Pas de problème pour laisser les vélos pendant 6 jours, nous prenons une chambre à 9 $ avec Peter.

Nous traînons dans les petits magasins, soie ou articles falsifiés de la guerre (plaques de GI'S, balles, briquets…) et dînons dans le petit boui-boui en face de l'hôtel.

Demain départ pour Hanoï en bus à 18 heures.


Lundi 8 février 1999 - HUE - Départ pour HANOI (en car)

Benjamin

Grasse matinée pour récupérer, petit déjeuner copieux pour être rassasiés et promenade vers la cité pourpre pour se cultiver. Dans l'espoir de revenir avec Maman et Delphine, nous ne pénétrons pas dans l'enceinte. Nous préférons dépenser 5000 dongs dans une heure de billard français aux abords de la citadelle. C'est calme, aéré, reposant, Hué est une ville où il fait bon vivre, pleine de verdure, de fleurs et d'espace.

Nous pénétrons par hasard dans l'immense marché, sur les quais. L'espace est plus restreint, des centaines de chapeaux pointus se faufilent entre les stands, ça grouille, c'est vivant et coloré. Une femme nous vante la qualité de ses confiseries en français, une autre nous propose petites brochettes, " momos " et soupe de nouilles en guise de déjeuner. Nous découvrons de nouveaux produits, des fruits exotiques aux différentes qualités de sucre. Des kilos de viande garnissent les tables en vois, surtout du gras, de la peau et des os. Un chien français n'en mangerait pas, eux ils adorent cela.

Retour à l'hôtel, il faut faire le tri des choses à rendre à Anne et Delphine et ranger les sacoches dans le cagibi de l'hôtel. Le minibus part de la cour du Dong Loi, nous faisons provision de pain et prenons place pour 16 heures de trajet. Les places sont étroites mais le chauffeur fait le tour des hôtels d'Hué pour le remplir au maximum…. Malgré nos " amicales " protestations à chaque nouveau passager. Cela va être long, très long.

Heureusement, promiscuité rime avec rencontres, des français, des australiens, un israélien, tous jeunes et routards. Homer l'israëlien, nous donne des tuyaux sur Angkor et le Cambodge, on discute voyage, naturellement.

Autre problème lorsqu'il s'agit de dormir, la route est désastreuse, on bouge dans tous les sens, nuit blanche en perspective. Les heures passent tant bien que mal, nous somnolons à moitié, entre deux arrêts, ravitaillement. Le soleil réapparaît à une centaine de kilomètres d'Hanoï, déjà 13 heures de route.


Mardi 9 février 1999 - HANOÏ

Benjamin

Frais comme des gardons, nous sommes dans le centre d'Hanoï vers 10 heures. Premier aperçu de la vieille ville, une fourmilière dans les rues, des petits immeubles blancs de part et d'autre.

Le rendez vous est fixé à l'hôtel Anh Dao, nous négocions illico un rabais avec le réceptionniste. Les chambres sont grandes et confortables.

13 heures : Anne et Delphine frappent à la porte. Nouvelles retrouvailles familiales à l'autre bout du monde. Apparemment nous n'avons pas changé, sauf le bouc de Nico et mon collier. Delphine lance aussitôt : " J'ai l'impression de vous avoir vu hier ! ! "

Le courrier, les petits cadeaux (T shirt et selles gel) et les chocolats français sont déballés, les filles ont pensé à nous, nous avons chacun des tonnes de lettres d'amour.

Maman se repose, nous sortons déjeuner dans un " boui-boui " de momos ; les gros chaussons fourrés ne sont malheureusement pas très bons. Un vieux vietnamien francophone nous aide à préparer le programme des prochains jours. Baie d'Along, Haïphong, Tam Loc… mais nous nous passerons de ses services. Nous sortons tous les quatre nous promener dans la ville, le tour du petit lac, les rues à thèmes… Il ne faut pas rater le spectacle des marionnettes aquatiques, elles retracent toutes les mêmes scènes de la vie quotidienne. Pour que le dépaysement soit complet, nous gouttons à la traditionnelle soupe de nouilles.

Anne et Delphine regagnent leurs chambres après une nuit blanche dans l'avion, nous faisons de même après une nuit blanche dans le minibus : c'est pire.


Mercredi 10 février 1999 - HANOÏ - Ville d'Along (en bus)

Nicolas

Le minibus de 6 places et son chauffeur , qu'Anne Voron nous offre pour 4 jours nous attend dès 9 heures du matin.

Le temps de sortir d'un sommeil bien mérité pour tout le monde, nous ne décollons d'Hanoï qu'à 10 heures 30, bien installés dans des sièges confortables, avec la possibilité de s'arrêter où et quand on veut, pour prendre des photos ou grignoter, et de choisir notre itinéraire. Tous les avantages qu'octroie par ailleurs le voyage à vélo, sans toutefois la performance physique, ni le contact avec la population, mais la vitesse en plus et l'effort en moins. Des conditions royales pour découvrir les environs d'Hanoï.

Notre première destination nous mène dans un village spécialisé dans la céramique, à une demie heures de la capitale. Une rue n'est remplie que de magasins de potiches, de vases, de services à thé, de bols. Le bleu et le blanc sont les couleurs prioritaires, les motifs rappellent tantôt les paysages de la baie d'Along, tantôt des fleurs du pays ou des dragons. Les prix sont dérisoires, compter 50 000 dongs (20 francs) pour une potiche peinte à la main, de 60 centimètres de diamètre, et d'une dizaine de kilos. Au fil de notre visite, nous sommes vite tentés et finissons par tous craquer successivement. Reste à rapporter tout ça en France, pour Delphine et pour Anne, c'est là tout le problème des achats au Vietnam.

Le chauffeur prend à 12 heures 30 la direction de Bay Chai, la partie touristique de la ville de Hong Caï (Along).

Anne et Delphine découvrent les merveilles des paysages de rizières, les buffles, les chapeaux, puis la parfaite hygiène de leurs cuisines dans un petit restaurant au bord de la route. Après une inspection des fourneaux, la soupe aux nouilles ne les tentent pas trop. Voilà sept mois que Ben et moi-même ne tenons plus compte de ce genre de détail, nous finissons les bols de bon gré.

Certains éléments du décor nous rappellent que nous avons emprunté cette route 6 jours plus tôt. Le minibus nous dépose peu après le coucher du soleil dans un hôtel du centre, non loin de la promenade de bord de mer. Nous ressortons pour faire le tour des échopes touristiques et nous arrêtons dans un restaurant sans prétention en vue d'assouvir une envie partagée de nous goinfrer de fruits de mer. Attention, au Vietnam, " shrimp " signifie crevette, au singulier. Ben et Delphine n'en ont qu'une dans leur assiette, pour le prix de dix, autant dire que ça commence à gueuler.

Rien ne s'arrange au moment de l'addition. Anne refuse, à juste titre de payer la totalité, l'arnaque est si évidente, mais la serveuse ne lâche pas prise. Elle s'accroche au sens propre comme au sens figuré, la négociation tourne à l'empoignade. Une heure de joute verbale, à la limite de tourner mal, met un peu d'animation dans les alentours, désertés, à tort, en cette saison, par les touristes.

La voleuse aura finalement ses sous, sans, pour autant, se faire une bonne réputation. Autour d'un verre, nous nous remettons de ces émotions puis regagnons l'hôtel.


Jeudi 11 février 1999 - BAIE D'ALONG

Benjamin

Aux premières heures du jour, le temps est gris et brumeux. Nous n'y échapperons pas. Nous visiterons la baie d'Along dans la grisaille, comme beaucoup d'autres touristes en cette saison.

La réceptionniste a préparé notre petit déjeuner sur une petite table dans le hall de l'hôtel. Un vietnamien nous propose de s'occuper du déjeuner : " Poissons, crustacés, et en grande quantité lui précisons nous !

Surprise au moment d'embarquer, nous sommes seuls sur un bateau qui peut accueillir 50 personnes, et le temps s'est nettement amélioré, la brume s'est dissipée.

La baie d'Along dévoile ses pitons, ses eaux émeraudes et ses mystères, elle nous appartient.. Toutes les conditions sont réunies pour une mini-croisière idyllique, profitons en. Premier arrêt, une grotte récemment aménagée, kitsch à souhait (néons roses, verts et bleus), dont les colonnes et les " voiles " rappellent les grottes de Choranche, dans une autre dimension toutefois. A peine cinq minutes suffisent pour en faire le tour, dans cette partie nord du Vietnam, le spectacle est à l'extérieur.

Le bateau sillonne entre les formes karstiques, tout se prête à la photo, y compris la proue du navire, un dragon multicolore. Toutes les demi heures, un petit bateau de pêcheur nous accoste et déballe sa marchandise : fruits, crustacés, souvenirs, coraux ; nous ne résistons pas à quelques crevettes supplémentaires et faisons passer la marchandise en cuisine. Le personnel de bord veut bien nous préparer ça. Pour que tout soit parfait, il faut couper le moteur au pied des pitons, piquer une tête pour se rafraîchir et s'installer autour de la table. Là, il ne reste plus qu'à déguster et savourer.

Nous continuons le parcours vers une autre petite grotte, un bateau de touristes occupe également le site mais il a le mérite d'avoir de belles voiles rouges, des voiles de jonques. Nous immortalisons une nouvelle séance de plongeons avant de regagner Bay Chay au soleil couchant. A site exceptionnel, journée exceptionnelle.

LIENS


Vendredi 12 février 1999 - Baie d'Along - Tam Coc - Ninh Binh

Benjamin

Au programme, quitter la baie d'Along pour rejoindre la " baie d'Along terrestre ", à 20 kilomètres plus au sud. Quelques heures de minibus en perspective mais sur les petites routes vietnamiennes, donc avec du spectacle en prime. Maman et Delphine découvrent les charmes de la vie des rizières sur cette route que nous avons emprunté en vélo, une semaine auparavant. Nous profitons des bacs pour croquer dans des bâtons de canne à sucre frais, des marchés pittoresques pour notre collection de photos. Le trajet est assez long mais le temps passe et on ne s'ennuie pas. Nous ne nous sommes même pas arrêtés à Haïphong et déjeunons sur le bord de la route : soupe de nouilles, car il n'y a que ça.

A la tombée de la nuit, nous arrivons dans le petit village de Tam Coc, malheureusement, impossible de se loger dans des conditions décentes. Nous revenons donc sur nos pas, à Ninh Binh, ville moche, pour un petit hôtel.


Samedi 13 février 1999 - Tam Coc - Hoa Lu - Hanoï

Benjamin

Visite de Tam Coc le matin à trois dans une coquille de noix. Nico préfère rester dans le village pour écrire et jouer au billard et au foot. Contrairement à notre dernier passage, les rizières sont désertes, nous sommes pratiquement seuls au milieu des pitons abrupts. Au bout de la troisième grotte, nous rebroussons chemin. Nous retrouvons Nico après 2 heures 30 de balade, pour Hoa Lu, site réputé pour ses temples à quelques kilomètres d'ici. Le cadre est pratiquement le même. Nous avons droit à la visite de trois ou quatre pagodes en prime, escortés par tout le village qui cherche désespérément à écouler nourriture, chapeaux mais surtout nappes brodées. Un tombeau se cache au sommet d'une colline et de 250 marches, nous faisons l'effort et bénéficions d'un super panorama, dans une légère brume. Retour en direction d'Hanoï sur le coup de 16 heures. Un embouteillage inextricable nous bloque pendant 2 heures à 60 kilomètres de la capitale.

Mauvaise nouvelle, l'hôtel Anh Dao n'a pas réservé les billets de trains à la bonne heure, nous devons partir pour Hué demain matin à 10 heures 30. Malgré nos nombreux passages, nous n'aurons donc qu'un maigre aperçu de la capitale vietnamienne.


Dimanche 14 février 1999 - Hanoï - Hué (en train - 18 heures)

Benjamin

Malgré nos réclamations, les billets ne peuvent être échangés. Nous partons donc à la hâte, chacun sur son pousse-pousse, vers la gare de Hanoï.

C'est parti pour dix huit heures, si tout va bien, arrivée prévue vers deux heures du matin. Nous bénéficions d'un compartiment luxueux, c'est à dire de quatre couchettes confortables, le strict minimum pour maman. La journée passe au rythme des " tac tac ta tam ", des lectures, et des plateaux repas offerts par Vietnam Railways. Puis la nuit tombe, difficile de dormir. Le temps se fait de plus en plus long et le train prend un peu de retard. Deux heures du matin, trois heures, quatre heures… le train entre enfin en gare de Hué. Le pauvre réceptionniste de l'hôtel nous a attendu pendant 2 heures, puis est finalement parti. Nous sommes au lit à cinq heures du matin.


Lundi 15 février : Hué

Benjamin

La journée débute aux alentours de midi, naturellement. Le soleil chauffe et illumine la ville de Hué, sacrée différence par rapport au nord où il fait encore frais. Nous marchons le long de la rivière des parfums jusqu'à la cité pourpre avant de pénétrer dans l'enceinte. L'espace est immense, les bâtiments un peu éparpillés, là le palais est très intéressant, la salle du trône est entièrement pourpre et or. Sortis de la cité, nous déambulons dans les allées de l'énorme marché, au coucher du soleil. Ce soir, c'est le nouvel an vietnamien, un grand feu d'artifice est prévu. Nous souhaitons dîner dehors, mais le gendre du patron de l'hôtel, un français, tiens à nous inviter au réveillon familial. Nous dînerons donc avec toute la famille et quelques amis. C'est la fête, la bière coule à flots et les verres se vident à coups de " 100 % " (cul sec).

Tout le monde sort ensuite pour continuer la fête dans les rues, à proximité de la cité interdite. Maman préfère rentrer se coucher, Delph, Nico et moi terminons notre soirée dans une fête foraine vietnamienne dont les jeux de massacre sont la principale attraction. Assis sur le grand pont de fer qui enjambe la rivière des parfums : minuit sonne et un énorme feu d'artifice éclate en guise de bonne année : " Chuc Mang Nam Moï "


Mardi 16 février 1999 - HUE

Benjamin

Dernière journée avant de reprendre la route pour le Vietnam sud. Nous faisons ce qu'il ne faut absolument pas rater, une " croisière " sur la rivière des parfums, et la visite des tombeaux royaux et de la pagode Thiem Mu. Nous embarquons avec un couple franco-argentin et remontons la rivière. Je ne me souviens guère de tous les noms mais nous faisons une halte auprès de chacun des beaux tombeaux, déjeunons royalement sur le bateau et concluons par la visite de la célèbre pagode Thiem Mu. Tout cela nous prend cinq heures, nous regagnons Hué en fin d'après-midi après une journée culturelle, reposante, et très agréable.

Dernier soir, dernier dîner sur un petit restaurant flottant, nous passons en revue les bons moments de cette semaine passée ensemble. Demain, Maman et Delph remontent à Hanoï en avion, nous piquons sur le sud et Danang.


17 février 1999 - HUE - DA NANG - China Beach - 117 km

Nicolas

Aujourd'hui est peut-être le jour des derniers adieux familiaux car aucune visite n'est plus certaine jusqu'à Paris. Mais c'est aussi la première fois que nous partons avant ceux qui ceux venus nous retrouver. Levés de bonne heure à 7 heures 30, vient dès lors le temps des ultimes recommandations, des yeux rouges pour certains (disons certaines) et des sourires pincés, confiants, d'autres diraient désormais habitués aux séparations.

Anne Voron nous a gâtés en nous offrant une semaine dans des conditions privilégiées, même le temps était de la partie, et je retiens personnellement deux moments phares et forts, qui resteront véritablement d'exceptionnels souvenirs après ce tour du monde, je parle de cette ballade sur la rivière des parfums à Hué et surtout de la découverte, de la prise de possession devrais-je dire, de la baie d'Along au début du séjour.

Delphine et Anne nous jettent un dernier regard. Nous tournons à droite au bout de la rue, encore une fois nous devenons seuls. La page est tournée, mieux vaut ne pas trop regarder en arrière, Paris est notre prochain objectif.

Une semaine de pause ne semble pas avoir suffi à rouiller les mécanismes, ni des vélos, ni des cyclistes et nous ne ressentons pas la rupture du rythme. Nous filons jusqu'au septième kilomètre, où, à force de ruminer, un doute m'envahit. Ni dans les sacoches de gauche, ni dans les sacoches de droite, le guide " Lonely Planet " sur le Vietnam n'est pas parti avec nous ! C'est trop bête, je saute dans un bus local bondé jusqu'à la périphérie d'Hué, puis à l'arrière d'une mobylette pour retourner à l'hôtel. Delphine, qui s'était vite rendue compte de la gaffe, avait foncé à notre poursuite et retrouvé Ben sur le bord de la route, crie mon nom dans le trafic !Le deuxième départ est le bon, 9 heures 40, nous roulons vers le sud où des montagnes nous attendent. La mer nous parvient après trente kilomètres sous la forme d'une large baie sans fond ; de petits nuages blancs, les seuls dans un ciel bleu, synonyme de grosse chaleur, cachent les sommets de ces montagnes boisées, aux pentes régulières qui désormais nous entourent et nous forcent à quelques efforts.

Les cocotiers bordent ensuite une longue ligne droite que nous avalons tête baissée contre un vent forcissant, mais main tendue vers ces enfants fidèles depuis Mong Caï dans leurs encouragements. Les sourires répondent aux sourires, nos " hellos " au dégradé des voix, du plus aigu au plus grave suivant l'âge et l'éloignement de nos supporters. Un petit col, pas digne de ce nom, nous ouvre la vue sur un panorama sublime, une large baie offre à nos yeux éblouis ses eaux turquoises, ses plages dorées, bordées de cocotiers, une multitude de pirogues et de carrelets sur pilotis, posés au fond du cirque de montagnes de plus en plus raides et de plus en plus hautes. Le col des nuages se rapproche mais nous jugeons l'heure opportune pour déjeuner et reprendre des forces. Les sucres rapides des bonbons et gâteaux secs que nous offre gracieusement le restaurateur à l'occasion de la fête du Têt ne seront pas de trop.

Nous longeons la baie quelques instants puis virons à droite pour enjamber le pont qui la sépare de la mer et du lagon de l'île Lang Co que nous effleurons et laissons sur notre gauche avant d'entamer l'ascension. Le paysage est magnifique, le plus beau paysage côtier qu'il m'est donné de voir, oserais-je dire. Toutes les teintes sont représentées, le jaune du sable fin jusqu'au bout de l'île, le bleu turquoise des eaux du lagon, le vert vif des palmiers et celui, plus foncé, des montagnes au dessus de nous. Des barques multicolores sont renversées sur la plage assaillie, coté mer, par l'écume blanche des vagues qui déferlent en ligne de plusieurs kilomètres .

Pour parfaire le tableau, le clocher, couleur d'or, d'une église coloniale s'échappe de la végétation luxuriante de l'île paradisiaque, c'est beau et plein de vie, les déclencheurs de nos caméras crépitent.

Puis, laissant derrière nous ces images de rêve, nous agrippons fermement nos guidons, les bras contractés comme pour se tirer vers le haut, nous attaquons les premiers virages sur notre plus petit braquet. La route domine les rivages escarpés. Nous pouvons bientôt apercevoir le col qui se présente comme celui de l'arrivée à Katmandou, au bout d'un long lacet traversant le versant qui nous fait face, de gauche à droite. Le col des nuages s'avère plus haut perché que nous l'imaginions.

Le visage brûlé par le soleil, aveuglés par l'acidité de la sueur, contrarié pour ma part par un pédalier grippé, et plus fatigués que nous le pensions par de précédentes nuits courtes, nous gagnons mètre par mètre et triomphons du col des nuages (à peine 496 mètres de dénivelé) après une heure d'effort intense, peut-être la plus difficile ascension faute d'entraînement depuis le Népal, de ce tour du monde.

Des linges mouillés posés sur nos faces rouges vives et deux cocas bien mérités nous rafraîchissent et nous permettent d'échapper à une probable insolation. Le panorama est aussi une belle récompense, d'un coté la route sinueuse jusqu'aux plages de l'île Lang Co, de l'autre, vers le sud, la baie de Danang et la ville sur la rive opposée.

Au moment d'immortaliser notre conquête, le vent du sud qui souffle en rafales et s'engouffre violemment entre les deux montagnes fait basculer le trépied et notre Nikon s'écrase lamentablement sur le sol. Nous sommes sauvés heureusement par le filtre, complètement brisé, mais dont nous comprenons mieux l'utilité.

La descente suivie de quelques kilomètres de plat nous mène à Danang où nous faisons tous deux resserrer nos axes de pédalier pris d'un jeu inquiétant. Nous quittons la ville au crépuscule, un peu avant six heures, pour rejoindre China Beach, plage convoitée par les G.I.s en mal de surf et de détente, pendant la guerre du Vietnam ; suivons pour cela la direction de Hoï Han en s'infligeant un détour d'une vingtaine de bornes et tournons à gauche derrière les montagnes de marbre. Autrefois des îles, chacune de ces cinq tertres de marbre sont censés représenter un élément de l'univers, ils sont creusés de nombreuses grottes et plantés de pagodes bouddhistes.

Un petit enfant nous accueille dès notre arrivée à China Beach et nous propose de loger dans la guest house de son oncle, à une centaine de mètres de la plage. Nous choisissons finalement d'y dîner mais préférons tenter l'aventure d'une nuit à la belle étoile sur une plage du Vietnam. Nos vélos ensablés ne risquent pas de bouger, le vrombissement plus que le murmure des vagues bercera notre rêves, si les agents du gouvernement, les serpents et les moustiques qu'on nous promet ne s'en mêlent pas.


Jeudi 18 février 1999 - China Beach - MO DUE - 164 km

Benjamin

Pédaler contre le vent gâche une grande partie du plaisir. On le savait… Ce satané vent du sud reste l'image marquante de cette journée. Dommage. Les nombreux drapeaux vietnamiens qui décorent les fenêtres des maisons sont tous à l'horizontale, palmiers et cocotiers sont remués, les risées donnent de nouvelles teintes de vert aux rizières. Tout cela est très beau mais épuisant… et inquiétant. En principe, l'hiver vietnamien est caractérisé par le vent du nord. Dame Nature en a décidé autrement aujourd'hui. Il faut bien mettre un peu de piment sur cette route plate et droite, à croire que l'on s'ennuierait.

Ces vingt premiers kilomètres sont relativement tranquilles, il est 7 heures 30, la vie reprend son cours sur la route mais pas dans les champs, " Têt holiday " oblige. Les gens ne travaillent pas, ils fêtent la nouvelle année et, chose remarquable, tout le monde est sur son 31. Les petites filles portent toutes des chapeaux, les garçons sont en pantalons chemises impeccables (souvent bleu et blanc), les femmes sont fières de leur nouvel Hao Daï et les vieillards se démarquent par une longue chemise noire et un pantalon blanc.

Nous traversons Hoï Au rapidement, nous n'en retiendrons que les petits immeubles de couleurs, les portes et volets en bois et les rangées de flamboyants. Pas le temps de se faire tailler un costume en soie sur mesure, c'est pourtant la spécialité de cette petite ville pleine de cachet, dixit le guide. Nous regagnons la nationale légèrement à l'ouest, avançons tête baissée mais yeux grands ouverts. Les rizières sont plus hautes et plus denses. Plus on descend vers le sud, plus la récolte est imminente.

Des cocotiers, des villages aux teintes rouges et jaunes, quand ce n'est pas du bleu, des plages, la mer, le vert… on peut remercier Dame Nature aujourd'hui.

Nous déjeunons rapidement après 100 kilomètres tout ronds. La patronne majore l'addition au dernier moment et refuse de nous rendre la monnaie. C'est un des rares points négatifs de la population vietnammienne ; c'est une leçon pour nous, il faut faire l'appoint.

A contrecœur un peu, à contre courant surtout, nous grappillons kilomètres sur kilomètres. Nous nous offrons une glace pour le goûter, cela fait si longtemps. Nous roulons jusqu'au crépuscule, deux jeunes nous inviteraient bien chez eux mais leurs maisons sont trop lointaines. Reste la solution petit resto, soupe de nouilles à 2000 dongs, nous sommes gratifiés d'un concert de jeunes filles devant le karaoké, c'est pas triste . Une voisine nous montre spontanément sa maison et son lit, sans échanger un mot. Nous en connaissons un : Lom où (merci).


Vendredi 19 février 1999 - MO DUE - QUI NOUH (+ 20 km) - 166 km

Benjamin

Les éléments sont rentrés dans l'ordre, ou plutôt dans la logique saisonnière. Le vent souffle désormais vers le sud ouest, il apporte avec lui quelques nuages menaçants. Réveillés à 6 heures, nous avalons un petit paquet de gâteaux et reprenons la route avant 7 heures. Cette dernière sillonne le long de la côte, la mer apparaît parfois entre les cocotiers et elle n'est plus qu'à quelques mètres lorsque nous faisons notre première pose. Nous avançons bien, sans forcer, et sommes en avance de trois quarts d'heure par rapport à hier : 100 kilomètres vers 12 heures 15. La batterie de notre caméscope se recharge, nous mangeons des nouilles pour changer.

Chapeaux et lunettes sont indispensables, nous avons cramés il y a deux jours et le soleil chauffe de plus en plus. Deux tours " Cham ", en partie recouvertes par la végétation se dressent au sommet d'une colline, aux abords de Binh Dinh. Mes rayons trafiqués n'ont pas tenu le coup ; Nico a perdu ses lunettes ; impossible de trouver les bons outils et Nico préfère atteindre Nha Trang pour trouver les bons verres. Les collines tout au long de la journée étaient de la rigolade, le col final, à près de 150 kilomètres, laisse plus de séquelles. Nous terminons notre journée au sommet : il y a tout ce qu'il faut. Il y a des petits restos et sûrement un ou deux lits pour nous.


Samedi 20 février 1999 - Après QUI NONH - DAILANH -135 km

Nicolas

Spontanément, le couple de restaurateurs nous a cédé ces deux lits en bois avec moustiquaires dans le fond du préau, la nuit fut donc réparatrice pour nous et aurait même pu être plus longue ; en effet, le col est pris dans une violente averse qui part pour durer.

Nous achetons deux cirés jaunes jetables pour un franc chacun et profitons d'une accalmie pour dévorer la pente. Il est neuf heures.

Notre route est très vite rythmée par de courtes averses, et le franchissement de petits cols qui cassent les jambes.

Le vent souffle un peu dans tous les sens, rouler a déjà été plus aisé. La route fait la tangente à de belles baies toute rondes et coupe tout droit entre celles-ci par des pentes courtes, mais raides et sans lacets.

Nous retrouvons avec plaisir les pastèques et jus de canne à sucre pour nos pauses ravitaillement. En début d'après-midi, nous sommes soudain cernés par une rizière infinie, de part et d'autre de la route. Les plants plus avancés et plus élevés cachent les maigres espaces et petits murets de terre qui séparent les parcelles, l'océan vert est absolument magnifique, on approche de la perfection.

Mais la route nous rappelle à elle, le bitume n'est plus, nous traversons peut-être la portion la plus pourrie de cette nationale 1. Trous et cailloux finissent de détériorer nos pédaliers et nos rayons.

Ce chantier s'éteint au pied d'un col douloureux mais qui en valait la peine. Car nous retrouvons la mer que la route semble vouloir suivre de près. Une péninsule marque le début de la péninsule de Daïlanh reconnue comme l'un des plus beaux endroits du Vietnam. De mauvais nuages noirs nous poursuivent mais le ciel est encore clair au dessus de la magnifique ile Hon Lon qui nous apparaît en contre jour, au milieu d'une mer agitée que les reflets du soleil font briller de mille feux.

En arrière plan, apparaissent de longues plages de sable blanc et la silhouette d'une seconde péninsule. Un virage à droite nous ouvre les portes du village de Daïlanh et la vue sur une centaine de bateaux de pèche bleus et rouges au mouillage, face à une plage grignotée par de petits cabanons de bois.

Il est 17 heures 15, Ben veut s'arrêter là pour profiter de la plage si la pluie veut bien s'arrêter, je propose pour ma part de continuer, ne présageant plus d'éclaircie avant le crépuscule. Il n'en faut pas plus pour déclencher d'âpres discussions si près qu'elles tournent mal et mène à notre première grosse brouille en 7 mois.

Benjamin

Ca chauffe vraiment, les reproches fusent, chacun " vide son sac ", nous ameutons pratiquement le village et effrayons les clients du café. La pluie tombe irrégulièrement, nous repartons avec quelques mètres d'écart d'abord, puis stoppons à nouveau dans un bar en haut d'une colline car il fait complètement nuit. Même scénario, ça repart de plus belle si bien que les propriétaires ne souhaitent qu'une chose, nous virer car ils n'en peuvent plus. Nous trouvons un dernier refuge dans une maison proche, après s'être partiellement calmés. Ce soir, le sommeil n'est pas facile à trouver.

LIENS


Dimanche 21 février 1999 - DAILANG - NHA TRANG - 86 km

Benjamin

Nous partons rapidement après avoir avalé un café noir, chose rare au Vietnam. La tension est tombée mais quelques pointes d'amertume subsistent. Autant dire qu'on ne roule pas vraiment ensemble. Les quarante premiers kilomètres sont avalés en 1 heure 30 ( = 27 km/h de moyenne) ! à un rythme qui n'est pas vraiment notre rythme habituel…. La discorde nous dope, c'est déjà ça. Arrêt au quarante deuxième kilomètre, nouvelles explications (à propos de cette petite poursuite…) puis nous repartons de manière plus raisonnable vers Nha Trang, à une quarantaine de nouveaux kilomètres.


Nicolas

Tranquillement, nous enfilons un dernier col pour redescendre jusqu'à la ville de Nha Trang après à peine 80 kilomètres dans la journée. Il nous reste plus de six heures avant le coucher du soleil pour profiter de la plage légendaire, mais nous devons, avant de plonger dans l'oisiveté, songer à réparer nos montures. Les magasins de vélos sont innombrables mais les outils adaptés au retirage des pédales et des pignons ne sont pas arrivés jusqu'ici. Les réparateurs compensent leur sous équipement par leur force, donnant des coups atroces et complètement inapropriés dans tout ce qui semble fragile.

Horrifiés, nous retirons nos vélos des mains de ces bourreaux et filons vers la plage, passons un petit pont au dessus de la fourmilière du port de pêche puis accédons à la plage bordée de cocotiers sur plusieurs kilomètres.

Nos vélos posés sur l'un d'eux, nous avons vite fait de louer deux transats pour la journée, d'enfiler nos maillots et de plonger dans la machine à laver. En effet, le " shore break " est violent et la plage est pentue, le ressac nous entraîne avec une force extrême vers d'énormes rouleaux d'écume. Il est impossible de nager mais on en sort rincé et propre, ce qui n'est déjà pas si mal. Des crabes tout frais sont préparés pour nous par une marchande ambulante.

Nous faisons connaissance avec un couple de français partis pour un tour du monde, eux aussi, et sommes surpris d'apprendre qu'ils avaient entendu parler de nous au Népal. Des jeunes vietnamiens nous invitent à finir la journée en jouant au foot avec eux. Ils sont vifs, physiques et techniques ; nos pieds poncés par le sable sont mis à rude épreuve. Puis nous trouvons dans Nha Trang la poste pour téléphoner et l'hôtel conseillé par les français pour ses prix de 3 $, cela reste trop cher pour nous mais le propriétaire accepte de garder nos vélos pour la nuit. Après une soupe aux nouilles et une heure d'internet, nous étendons nos sacs à patates en soie sur le sable de la plage, en contrebas de la digue en béton, sous les cocotiers.


Lundi 22 février 1999 - NHA TRANG - TUY PHONG - 175 km

Nicolas

Nous quittons assez vite la station balnéaire en grignotant quelques petits pains.

La route rentre dans les terres et nous entraîne au milieu de paysages plus désertiques. La fin de la matinée est facilitée par un très fort vent du nord qui couche les bananiers et nous évite même de pédaler ; il nous suffit d'écarter les bras et de nous relever pour accélérer, Ben utilise même son T-shirt comme un spi ; le vent nous gâte ainsi pendant près de quarante kilomètres, jusqu'à Phan Rang, ville où nous décidons de nous poser pour déjeuner sur la place du marché. C'est aussi l'endroit où nos routes vont se séparer, Ben proposant tout de même de tenter une expérience en solitaire, pour le bien du groupe, jugeant que quelque chose est cassé entre nous, que notre relation n'a plus rien de naturel.

Assuré de la sérénité de cette décision, ravis de tenter l'expérience mais décidé à ne rien changer au programme que nous avions décidé ensemble, je prends l'appareil de photo reflex et mécanique, une tablette de Lariam au cas où, laissant à Ben caméscope, appareil photo automatique, trousse à pharmacie et trousse à outils ; je pars en premier en quelques minutes ; une poignée de main , " bonne chance ", rendez-vous à Bangkok ". Nous traverserons donc le Cambodge et Angkor en solo.

Ben est alors sensé me laisser quelques kilomètres d'avance. Tout s'est passé très vite, mais sans drame, de façon quasi naturelle, d'un accord commun. Je n'y vois qu'une expérience croustillante supplémentaire, rien de plus malgré tout ce qui pourra être dit.


Nicolas seul.

Personne devant, personne dans le rétroviseur, je roule entre des collines arides dans une plaine désertique où les cactus poussent en quantité. Cela me rappelle la Syrie, me dis-je. Trente kilomètres plus tard, je pousse mon vélo sur la plage magnifique de Cana, non loin du rassemblement de bateaux de pêche, et en confie la garde à une femme occupée par la réparation de ses filets. De gros rochers ont pris la place des cocotiers, c'est fou ce que les paysages peuvent changer sur trente kilomètres. Je ne m'attarde pas après la baignade car je désire profiter de ce vent favorable dont le souffle agréable disparaît à mesure que ma vitesse rattrape la sienne. Le vent apparent devient nul et laisse ainsi le soleil me brûler les parties découvertes en toute impunité. Les yeux mi-clos, chapeau vissé sur la tête, les cuisses cuites à point, des cloques m'en poussent sur les bras.

Plus le soleil redescend sur l'horizon, plus les conditions s'améliorent jusqu'à devenir idylliques, mille senteurs semblent profiter d'une liberté retrouvée pour s'échapper de toute part, il s'agit pour moi de profiter au maximum de ces instants magiques pour rouler jusqu'à la tombée de la nuit.

Fin d'après-midi rime avec sortie d'école, la route est envahie de vélos monotypiques plus ou moins adaptés à l'âge et à la taille de leur conducteur.

Les enfants sont partout et poussent des cris quand ils m'aperçoivent en une grand " hola " dont je donne le rythme au fil de mon avancée. Il m'est impossible de ne pas répondre à tous ces " hellos " je le fais avec la plus grande joie. Le plus drôle reste de précéder les enfants dans les clins d'œil ou les bonjours, les surprendre pour apercevoir un sourire démesuré dérider un visage aux yeux et à la bouche grand ouverts, marqué par une réelle stupéfaction.

La condition rare d'étranger, blanc et cyclotouriste offre le privilège et le don de faire réagir n'importe qui par un simple regard, les belles étudiantes en hao daï blanc en rougissent de façon indécente, les jeux s'interrompent net, les plus jeunes s'arrêtent de pleurer.

Il es alors facile de trouver un endroit pour dormir : une petite maison accueillante , des enfants qui jouent au ballon et m'interpellent un hamac en prime, je m'arrête là après 175 kilomètres.

Tout se passe pour le mieux jusqu'à l'arrivée du père de famille, un gros lourd en puissance qui n'arrive pas à comprendre que je ne parle pas vietnamien, qui tient à me refourguer sa fille, sa femme, puis sa mère pour la nuit et à m'entraîner dans tous les bars du village. Tout seul, il m'est impossible d'échapper au poids des rafales de questions, des tapes sur l'épaule, des sourires, le journal de bord attendra. L'homme envoie finalement sa femme dormir ailleurs et m'offre à dîner puis m'oblige à renoncer à la belle étoile pour un lit de camp dans la salle de séjour.


Lundi 22 février 1999 - NHA TRANG - PHAN RANG - route de DALAT - 160 km

Benjamin

Les quelques gouttes et le soleil levant nous tirent de notre sommeil et de notre sac à viande en soie. Nous avons dormi, bercés par le flux et le reflux sur l'immense plage de Nha Trang. Les grilles de l'hôtel auquel nous avions confié nos vélos sont fermées, en attendant le réveil de l'aubergiste, nous prenons un café dans un petit kiosque.

Départ de Nha Trang vers 7 heures, sous les gouttes. Toutes les conditions sont réunies pour une bonne journée, en kilomètres en tous cas. Le vent nous porte littéralement, nous n'avons plus besoin de pédaler en fin de matinée. En face, les vélos sont au ralenti.

Nous concluons 102 kilomètres faciles à Phan Ray. L'ambiance est plutôt électrique depuis quelques jours et malgré les discussions houleuses, puis celles de mise au point, tout n'est pas véritablement rentré dans l'ordre.
Je propose que nous nous séparions quelque temps ; ça sera bénéfique aux deux et cela permettra de terminer ce voyage à deux et en beauté. Nous partageons ce qui est partageable, et Nico part devant après une poignée de main qui fait tout drôle. Nous ne nous sommes jamais dit " bonjour " ou " au revoir " depuis 7 mois. Rendez vous à Bangkok.

Cinq minutes à peine s'écoulent, je préfère quitter la N1 et piquer vers le centre du Vietnam et les hauts plateaux, direction Dalat. Ce n'est plus la grande nationale, la route est petite est bosselée, et, surtout, le vent qui souffle de coté m'empêche d'avancer à plus de 17 km/h. Plus personne, j'aperçois uniquement des charrettes tirées par des bœufs, parfois des chevaux et des marchands de pastèques. La route monte légèrement, les collines se rapprochent, je souhaite me mettre au pied de ces montagnes pour attaquer la montée dès demain matin. 1- heures, petite pause Coca dans une buvette pleine d'enfants, ceux qui rentrent de l'école sont toujours aussi expressifs . Je force sur les derniers kilomètres pour atterrir dans le dernier village avant la montée. Une bande de jeunes me fait des grands signes, je m'arrête et m'installe avec eux. Alcool de riz, soupe et poisson, c'est un apéro vietnamien. Liéçu parle anglais et étudie à Ho Chi Minh Ville, il comprend rapidement que je ne continuerai pas ce soir et me propose de dormir chez lui, à deux pas. Tout le village est rapidement au courant de l'arrivée d'un étranger, les jeunes continuent à picoler et me font picoler. Les grands parents de Liéçu parlent quelques mots de français, nous dînons tous ensemble. Lieçu part rejoindre ses copains, je me couche sur le lit en bois qui m'est destiné, de bonne heure.


Mardi 23 février - TUY PHONG - XUAN LOC - 175 km

Nicolas

Départ 6 heures 30, l'estomac vide, escorté pour quelques kilomètres par le père. Le vent favorable d'hier a disparu, j'avance péniblement dans un paysage sans surprise. Des collines à l'horizon constituent des objectifs visuels, on les vise, les approche, les double, le temps passe ainsi en une matinée chaude, puis brûlante. Je n'hésite pas à multiplier les pauses, nombreuses mais très courtes, agrémentées de verres de jus de canne à sucre. Rattrapant la mer au port de Panthiet après 75 kilomètres, je passe un petit pont au dessus d'un canal envahi de bateaux de pêche et bordé de cabanes sur pilotis, puis m'engouffre à gauche dans les ruelles pour aller faire trempette. Les plages aux abords des villes sont vietnamiennes, souffrent de multiples usages, les Thung Chaï, bateaux paniers ronds de deux mètres de diamètre y sont échoués mais, chose moins pittoresque, la plage fait aussi office de toilette publique à ciel ouvert. Il faut faire attention où l'on marche, j'avoue avoir préféré faire dans l'eau ce qu'une trentaine de personnes était en train de faire naturellement sur le sable. Ma baignade est observée par tous les habitants de la ruelle qui m'ont suivi jusqu'ici et ne veulent pas me laisser seul pour me changer.

Puis la route laborieuse m'appelle, le vent ne sachant trop ce qu'il veut , et de courtes montées achevant de me couper les jambes.

Objectif : bien rouler après 16 heures et gagner du terrain aux heures agréables pour avoir du temps à Saïgon, demain.

La borne indique 99 km, soit 175 km pour la journée ; trois jeunes à mobylette qui ne voulaient me faire que la conversation se retrouvent avec un incruste à domicile. Calmes, gentils, généreux, mes nouveaux amis me présentent à leur famille, m'invite à table et veulent me prêter un lit. Le sol du salon me conviendra tout autant mais avant de songer à dormir, je dois être déclaré à la police ! En tongue, à 3 sur la même mobylette, nous perdons une heure au commissariat du district ; ils veulent finalement garder mon passeport pour la nuit.


Mardi 23 février 1999 - Montée à Dalat - 66 km

Benjamin

Je remercie Liéçu et sa famille à 7 heures, juste le temps d'avaler deux petits pains, j'entame l'ascension de la première passe 500 mètres plus loin. Le pédalier du vélo craque souvent mais tient le coup, entre 9 et 10 km/heure, je monte sans trop de difficultés pendant une heure. J "en suis à un peu plus de la moitié à la première pause. En bas, la route traverse la plaine, les champs de bananiers et les cocotiers et va se perdre vers la mer. En haut, les virages en lacets se détachent sur les hauteurs, je n'en suis pas au bout de mes peines. C'est parti pour 8 kilomètres supplémentaires, le soleil est déjà brûlant et le tee shirt , bon à essorer. Un mini bus de canadiens m'encourage au sommet, 18 km de montée pure avalés en deux bonnes heures. C'est déjà cela de fait, mais le chauffeur m'annonce qu'un autre col m'attend dans quelques kilomètres . Oh merde…. Cela va être dur… Effectivement, je traverse deux villages et l'étroite bande plate qui constitue les premiers plateaux et recommence à grimper. Le rythme est plus lent, les pauses plus nombreuses. Je serpente dans les collines de pins qui rappellent celles de Provence, le soleil, lui aussi est provençal, c'est à dire brûlant. Sur la fin, je grapille mètres par mètres entre deux zones d'ombres pour reprendre mon souffle.

Quatre d'efforts pour 1500 mètres de dénivelée, Dalat n'est plus qu'à 30 km. Je déjeune dans un petit village au milieu des collines. Ici, fini les grandes rizières et les cocotiers, je retrouve les cultures en terrasses, une végétation plus aride, et la forêt de pins. Quelques montées (pour m'achever), quelques descentes (pour récupérer), j'arrive à Dalat vers 15 heures. Cette ville surnommée parfois le " petit Paris " du Vietnam doit son charme à son petit lac, ses maisons éparpillées sur les collines, son activité sur les marchés et la diversité de ses produits. Je longe le lac pour m'imprégner du site avant de découvrir le marché central. Ici, se trouve des fleurs à foison, des avocats, toutes sortes de fruits confits, de et même des fraises…Plus parce que l'occasion se présente que par une envie subite de fraises, j'en prends 1 kilo (1 000 dongs) et part m'installer sur le bord du lac. Je déguste, discute avec les marchandes ambulantes et deux ou trois vietnamiens, donne quelques tours de clé à mes rayons et " révasse " jusqu'à 18 heures. D'abord tenté de rester ici pour la nuit, je pars tenter ma chance auprès d'une église. Le prêtre me fait comprendre qu'il n'a pas le droit d'héberger (ni même parler) à un étranger, dans un français parfait. En clair, ce sont plus les restrictions gouvernementales que son manque de charité chrétienne qui le poussent à me mettre dehors. Le Christ ne devait pas être communiste, en tout cas ! Je toque à la porte d'un petit hôtel et demande à dormir sur la petite terrasse, dehors. Même problème, cet hôtel ne peut accueillir que des vietnamiens, raisons gouvernementales. Oui, mais si je dors dehors… c'est d'accord, le vélo est rentré…je dormirai devant la porte sur un lit de camp.

La poste m'indique l'adresse d'un cybercafé, je pars en taxi-moto afin de lire mon courrier et envoyer un petit message à Nico. Fermé. Retour sur la place centrale, le marché est toujours en effervescence, les vietnamiens viennent dîner dehors, dans les petits restos de rue qui servent des coquillages, des légumes, de la viande, du maïs…Il y a un monde fou.


Mercredi 24 février 1999
Xuan Loc - Ho Chi Minh Ville - 115 km

Nicolas

Soupe aux nouilles engloutie et passeport récupéré, je file vers la banlieue d'HCMV qui n'offre rien de très alléchant. Trois pauses canne à sucre, quelques douces mais longues montées, la motivation de découvrir Saïgon me fait rouler régulièrement, et j'entre dans le centre de l'ancienne capitale sud-vietnamienne vers 12 heures 15. D'innombrables deux roues, normal, des cyclopousses à trois roues, normal aussi, de larges rues bordées de belles maisons blanches et régulièrement ombragées par d'immenses arbres, c'est beau, une atmosphère de vacances rendue par les multiples senteurs et les effluves des parfums des filles en hao daï blanc qui me croisent, une multitude de cafés, de restaurants, boui-bouis improvisés dont les terrasses débordent largement sur la rue. Saïgon, une ville plaisante, aérée, certainement agréable à vivre, une ville moderne aussi, dont les gratte-ciel tout neufs contrastent avec la célèbre cathédrale rose Notre Dame et les dernières maisons coloniales.

Des banderolles partout, Richard Clayderman en tournée au Vietnam fait un tabac ici, une star mondiale, on peut le dire. Je passe devant le consulat de France, avant d'aller déjeuner dans la rue et de tenter de joindre mon contact à Saïgon. Quelques minutes d'errance en centre ville me font découvrir des boutiques bien alléchantes dont les articles dirigés vers la demande touristique n'ont souvent rient de typique : de superbes reproductions laquées de couvertures de Tintin attirent mon intérêt, des maquettes de bateaux en bois dont celle de Pen Duick et Tuiga (ici !) finissent de me convaincre de faire des achats demain et d'envoyer tout par la poste.

Pour l'heure, ne parvenant pas à joindre Dorothée au téléphone, je dois songer à mon hébergement. De retour au consulat de France, j'enfile un T-shirt sale, mais le moins sale pour ne faire peur à personne, et je demande à rencontrer un CSN.

Anthony n'est là que depuis 3 semaines mais il m'offre volontiers un lit dans l'immense maisons qu'un expatrié lui laisse pendant son absence. Rendez vous à 17 heures 30 au consulat, je trouve le temps d'une petite baignade dans la piscine d'un bar, pour le prix d'un coca, puis je pars flâner en quête de monuments célèbres pour le rite de photos posées avec le vélo. Cathédrale Notre Dame, Théâtre national, Hôtel de ville, musée de la révolution, le bar Apocalypse Now, puis l'ancienne ambassade des Etats Unis rendue célèbre par son évacuation en urgence et l'hélicoptère sur son toit. Hélas, j'arrive trop tard car elle vient d'être rasée pour laisser place à un grand hôtel.

17 heures 30, Anthony à mobylette me guide le long des huit kilomètres qui nous mènent à la maison, au nord de Saïgon.

Quatre étages, trois chambres, tout cela pour nous deux puis pour moi tout seul car Anthony ressort pour un dîner d'affaires. Son retour à des heures tardives puis de longues conversations sont le point de départ pour moi d'une longue série de nuits courtes, un déficit de sommeil qui va s'accroître jusqu'à la Thaïlande.


Mercredi 24 février 1999
Dalat - Bao Loc - 114 km

Benjamin

Journée agréable en perspective, il s'agit de redescendre dans la plaine. Saïgon est à 300 km. Une grande descente s'annonce dès le sortie de la ville, 5-6 km sans donner un coup de pédale avant de m'arrêter pour un des sites touristiques de la région, des chutes d'eau. Tout est aménagé pour ravir les touristes vietnamiens qui viennent nombreux. Petit pont pour la photo, faux singes et faux gorilles, buvette… Je ne m'y attarde pas et remonte rapidement en selle. 10 km plus loin, secondes chutes d'eau, un peu plus impressionnantes. Ici ce sont cabanes dans les bois, ponts de singes, poneys… qui amusent petits et grands.

Je commence réellement à pédaler vers 9 H 30, les collines de pins laissent à nouveau place aux cultures en terrasses, à d'immenses champs de fleurs. Des femmes lavent des carottes dans une rivière, d'autres récoltent fruits et légumes, tout ceci terminera probablement sur le marché de Dalat. Je fais une halte dans une mini raffinerie de cannes à sucre. Les hommes produisent une espèce de mélasse, probablement destinée au bétail, avec une canne à sucre bas de gamme. Les résidus de cannes à sucre servent à alimenter les fourneaux, ces derniers font bouillir des litres et des litres de jus jusqu'à obtenir une espèce de caramel. J'en profite pour remplir mes gourdes de jus frais.

Le reste de la journée est rythmé par les montées et descentes, il faut passer derrière chaque colline sous un soleil de plomb. Ce n'est pas du tout la route en pente douce que j'espérais. Je termine ma journée à 17 heures à Bao Loc, à environ 115 km de Dalat. Une église et une pagode boudhiste se font face, aujourd'hui, j'opte pour la pagode. D'abord un peu réticents à l'idée de recevoir un étranger, raisons gouvernementales, les moines commencent par m'inviter à dîner, c'est un début prometteur. Les jeunes moines traduisent les paroles du " Master ", plutôt cool et bon vivant. On boit du coca, on écoute la radio, l'ambiance est détendue.

18 H 30, j'assiste à un office religieux dans la pagode avant de rejoindre la petite chambre qui m'est gracieusement offerte.


Jeudi 25 février 1999 - HO CHI MINH Ville - 25 km

Nicolas

Levé de bonne heure pour ouvrir la porte à Anthon y, je trainasse un peu puis pars dans le centre vers 10 heures avec l'idée de rester un jour à Saïgon pour acheter et gérer l'expédition de mes achats. La matinée est mise à profit pour le repérage et la négociation des prix. J'ai rendez-vous avec Anthony à midi et l'invite à déjeuner à la cafet du centre culturel français. Puis je pars m'encombrer de mille choses si bon marché, des laques Tintin, trois maquettes superbes, une nappe brodée et des T-shirts. Seul problème, le responsable sécurité de la poste principale veut voir à l'intérieur des coques, ne voulant admettre qu'elles sont faites d'un seul bloc de bois. Il m'envoie à l'aéroport pour passer tout çà aux rayons X. Là, on me dit qu'ils n'y peuvent rien et on me renvoie à la poste en centre ville. Il est trop tard, le bureau est fermé, je rentre à la maison après avoir déposé mes cartons au consulat, en vue de les récupérer demain pour retenter ma chance à la poste, avant de filer vers le Cambodge.

Anthony rentre tard après un autre dîner d'affaires ; nous discutons longuement de son projet de Tour du Monde à la voile et je reçois des coups de téléphone de France et les premières réactions d'incompréhension pour certains, d'enthousiasme pour d'autres, qui font suite à la nouvelle de notre séparation.


Jeudi 25 février 1999 - BAO LOC - SAIGON - 10 km avant MOC BAI - 75 km - (en bus)

Benjamin

6 heures pétantes, petit déjeuner avec la communauté, soupe de nouilles. Je remercie le " grand maître " qui termine une conversation sur son portable, et remonte en selle, pour quelques mètres seulement. Je préfère prendre un bus sur cette route qui n'a plus grand intérêt et pour rattraper mon retard ; je pédalerai entre Saïgon et Phnom Penh. Un mini bus accepte de m'emmener pour 45 000 dongs, je n'ai pas vraiment le choix car le chauffeur ne veut pas discuter. Capacité prévue, 12 personnes, nous sommes 18 (sans compter un petit singe) et l'assistant du chauffeur continue de raccoler tous les deux kilomètres.

La moitié des vietnamiens sont malades, les arrêts sont fréquents mais je suis déposé après 3 heures de route et 150 km à moins de 10 km du centre de Saïgon. Je pars à la recherche d'un réparateur de vélo et en profite pour découvrir la ville par la même occasion. Le centre me laisse une très bonne impression, Saïgon est une ville où l'influence française a joué un rôle important. Les avenues sont larges, boisées et bien quadrillées, la cathédrale se tient au bout de l'une d'entre elles, sur la même place que la grande poste dont l'architecture XIXème et l'intérieur rappellent le musée d'Orsay. Un réparateur démonte, graisse et remonte mon pédalier ; il y a toujours un petit jeu mais cela ne fait plus trop de bruit.

Après cet aperçu bref mais complet, je reprends la route vers l'ouest, en direction de Moc Bai et du Cambodge. 60 km en plein " cagnard, ", j'attrape des cloques sur les bras, pour terminer à la tombée de la nuit dans un petit restaurant. En échange de ma consommation, je peux dormir sur la petite terrasse devant la maison.\

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